Décarbonation industrielle : un levier pour le M&A
La décarbonation de l'industrie va redessiner la valeur des PME et ETI industrielles françaises. Pour les repreneurs, cédants, fonds et conseils M&A, savoir identifier et qualifier les bonnes cibles devient un avantage décisif.
· Arthur
Un chantier industriel qui devient un sujet de transmission
La Direction générale des Entreprises (DGE) a publié dans sa collection « Les Thémas » une analyse intitulée Décarbonation de l'industrie : comment la financer ? Quelles aides publiques mobiliser ?. Signée par Lisa Darves-Blanc et Angel Prieto, de la sous-direction de la Politique industrielle, elle dresse un état des lieux des besoins d'investissement et des dispositifs de soutien. Elle constitue le point de départ de cet article.
Ce document s'adresse d'abord aux industriels. Il pose pourtant une question que tout professionnel de la transmission devrait se poser : que vaut une entreprise industrielle dont l'outil de production devra être profondément transformé dans les années à venir ? Et, à l'inverse, quelles opportunités s'ouvrent pour ceux qui savent repérer les sociétés capables de mener cette transformation, ou celles qui ont besoin d'un partenaire pour y parvenir ?
Chez Prospection B2B, nous pensons que la décarbonation ne relève pas seulement de la politique industrielle. Elle devient une grille de lecture du marché des entreprises. Elle concerne directement les repreneurs, les cédants, les fonds d'investissement, les cabinets d'expertise comptable et les spécialistes du M&A.
Ce qu'il faut retenir de l'analyse de la DGE
Avant d'en tirer des conséquences pour la reprise et la croissance externe, voici les principaux éléments chiffrés rapportés par la DGE.
- L'industrie représente 17 % des émissions françaises, selon la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).
- Les 50 sites industriels les plus émetteurs concentrent à eux seuls 11 % des émissions nationales.
- Les émissions industrielles ont déjà baissé de 55 % entre 1990 et 2023. Elles sont passées d'environ 140 à environ 63 millions de tonnes de CO₂.
- La SNBC 3 fixe une baisse de 68 % d'ici 2030 et de 97 % d'ici 2050 par rapport à 1990.
- La Direction générale du Trésor estime les investissements supplémentaires nécessaires entre 2 et 3 milliards d'euros par an sur 2024-2030. Ce besoin pourrait atteindre 5 milliards d'euros par an en intégrant les coûts d'exploitation et de maintenance.
- La DGE évalue le besoin total de soutien public à environ 22 milliards d'euros entre 2024 et 2030.
L'article décrit aussi les leviers techniques à mobiliser :
- la récupération de la chaleur fatale ;
- l'électrification des procédés, avec un objectif de passer de 37 % à 45 % d'électricité dans le mix énergétique de l'industrie d'ici 2030 ;
- la biomasse et les gaz bas-carbone ;
- la modification des procédés ;
- le captage et le stockage du CO₂.
Le texte rappelle enfin le cadre réglementaire, notamment le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), opérationnel depuis le 1er janvier 2026. Il présente également la gamme des financements disponibles : appels à projets France 2030 opérés par l'ADEME, Fonds pour l'innovation européen, prêts Bpifrance et BEI, garanties publiques, fonds propres et quasi-fonds propres.
Un constat ressort : les technologies bas-carbone sont souvent plus chères que les solutions fossiles et rarement rentables sans aide publique. Pour un investisseur, cette phrase a des conséquences très concrètes.
Pourquoi la décarbonation change la façon d'évaluer une cible
Un CAPEX futur à intégrer dans la valorisation
Une entreprise industrielle n'est pas seulement un historique de chiffre d'affaires et de marge. C'est aussi un plan d'investissement à venir. Si son outil de production dépend fortement des énergies fossiles, le repreneur hérite d'une trajectoire de transformation. Celle-ci pèsera sur la trésorerie, sur la capacité d'endettement et sur le calendrier de rentabilité.
La DGE le souligne : ces investissements mettent souvent plus de temps à être rentables que les investissements industriels habituels. Pour un montage LBO, où la dette d'acquisition doit être remboursée par les flux futurs, l'enjeu est majeur.
Une exposition réglementaire et concurrentielle
Le prix du carbone en Europe et le MACF modifient les conditions de concurrence. Une entreprise déjà engagée dans la décarbonation peut mieux résister aux variations des prix de l'énergie. Elle peut aussi réduire ses coûts liés au carbone. Une entreprise en retard devra rattraper ce décalage.
Dans une négociation, ces deux profils ne se valorisent pas de la même façon. Encore faut-il disposer des éléments pour les distinguer.
Des aides publiques qui modifient l'équation financière
Les subventions, les prêts dédiés et les apports en fonds propres publics peuvent rendre finançable un projet qui ne l'était pas. Un repreneur qui identifie en amont l'éligibilité potentielle d'une cible à ces dispositifs dispose d'un argument solide auprès de ses banques et de ses co-investisseurs.
La DGE mentionne d'ailleurs la plateforme « Mission Transition Écologique », qui permet une recherche simplifiée des aides par SIRET. Cela montre bien que l'identification précise de l'entreprise reste la porte d'entrée de toute analyse.
Ce que la donnée publique apporte aux professionnels de la transmission
La plupart des acteurs du M&A travaillent encore avec des fichiers dispersés, des réseaux personnels et des recherches manuelles. Cette approche montre ses limites face à un sujet aussi structurant que la décarbonation. Il faut alors :
- raisonner par secteur d'activité (codes NAF) pour repérer les filières les plus exposées ;
- raisonner par territoire, puisque l'État pilote désormais la décarbonation à l'échelle des bassins industriels, notamment via les Zones Industrielles Bas-Carbone (ZIBaC) lancées dans le cadre de France 2030 ;
- raisonner par taille d'entreprise, puisque la DGE note que la maturité en matière de transition écologique est souvent corrélée à la taille, et que des aides ciblent spécifiquement les TPE et PME industrielles ;
- raisonner par situation juridique et financière, pour repérer les sociétés capables d'investir et celles qui auront besoin d'un adossement.
C'est précisément le rôle d'un outil comme Prospection B2B. La plateforme s'appuie sur les données publiques des entreprises françaises issues de l'INSEE, de l'INPI, de l'ADEME et du BODACC. Elle permet de passer d'une intuition (« les PME de tel secteur vont devoir se transformer ») à une liste de cibles qualifiées, documentées et exploitables.
Repreneurs : structurer sa reprise avec méthode
Un projet de reprise commence souvent par une thèse : un secteur que l'on connaît, une région où l'on souhaite s'installer, une taille d'entreprise compatible avec son apport. La décarbonation ajoute une dimension supplémentaire à cette thèse.
Avec Prospection B2B, un repreneur peut :
- Définir son périmètre en croisant secteur d'activité, zone géographique et tranche d'effectif.
- Constituer une liste de sociétés correspondant à ce périmètre à partir des registres publics.
- Consulter les informations légales et financières disponibles pour chaque entreprise : identité, dirigeants, comptes publiés, historique.
- Prioriser les cibles selon ses critères, par exemple l'âge du dirigeant, l'ancienneté de la société ou la régularité des dépôts de comptes.
L'objectif n'est pas de remplacer l'audit approfondi qui suivra une prise de contact. Il s'agit d'arriver à ce premier rendez-vous en ayant déjà compris l'entreprise, son environnement et les questions à poser. Parmi ces questions :
- Quelle est la dépendance aux énergies fossiles ?
- Un audit énergétique ou un bilan des émissions a-t-il déjà été réalisé ?
- L'entreprise a-t-elle déjà sollicité des dispositifs de l'ADEME ou de Bpifrance ?
Cédants : anticiper pour mieux valoriser
Pour un dirigeant qui prépare la transmission de son entreprise industrielle, la décarbonation peut être perçue comme une contrainte. Elle peut aussi devenir un argument de valorisation.
Une entreprise qui a déjà engagé des actions documentées rassure les acquéreurs : efficacité énergétique, récupération de chaleur fatale, électrification partielle, recours aux dispositifs d'amorçage comme PACTE Industrie ou Mon Parcours Économies d'Énergie cités par la DGE. Elle réduit l'incertitude sur le CAPEX futur.
Le cédant a aussi intérêt à connaître son marché : qui sont les acquéreurs potentiels, quels concurrents se développent, quels groupes cherchent à consolider leur filière. Prospection B2B lui permet de cartographier son environnement concurrentiel et d'identifier des repreneurs industriels plausibles, par exemple des entreprises du même secteur, plus grandes, implantées dans des régions voisines.
Fonds d'investissement : construire une thèse et générer du deal flow
La DGE insiste sur un point : les apports en fonds propres et quasi-fonds propres, notamment publics, visent aussi à faciliter l'intervention d'investisseurs privés. Pour un fonds, la décarbonation industrielle peut donc constituer une thèse d'investissement à part entière :
- accompagner des PME industrielles dans le financement de leur transformation ;
- consolider une filière autour d'acteurs plus avancés ;
- prendre des participations minoritaires dans des entreprises qui portent des projets éligibles aux appels à projets France 2030.
La difficulté est classique : générer un flux d'opportunités qualifiées sans dépendre uniquement des intermédiaires. Avec Prospection B2B, une équipe d'investissement peut sourcer directement des entreprises correspondant à ses critères sectoriels, géographiques et dimensionnels. Elle peut ensuite suivre leur évolution dans le temps et préparer des approches ciblées auprès des dirigeants.
Cabinets comptables : un rôle de conseil renforcé
Les experts-comptables occupent une position privilégiée auprès des TPE et PME industrielles. Ils connaissent les comptes, la trésorerie et souvent le projet du dirigeant. La multiplication des dispositifs d'aide et de financement crée un besoin d'accompagnement : subventions, prêt vert, prêt industrie verte, garanties publiques, prêts participatifs.
Pour un cabinet, Prospection B2B peut servir à plusieurs usages :
- développer son portefeuille en identifiant des entreprises industrielles de son territoire susceptibles d'avoir besoin d'un conseil en financement ou en transmission ;
- préparer des missions de cession en repérant des acquéreurs potentiels pour ses clients cédants ;
- éclairer les clients repreneurs avec une vision structurée du tissu économique local.
Spécialistes M&A : analyser la concurrence et cibler la croissance externe
La décarbonation pousse certaines entreprises à se regrouper. Les investissements sont lourds et les appels à projets favorisent les dossiers solides. La taille devient donc un atout pour porter un projet ambitieux. L'appel d'offres dédié aux grands projets industriels de décarbonation (AO GPID), déployé en 2025 selon la DGE, illustre cette logique de projets très structurants.
Pour un conseil en M&A ou une direction du développement, cela ouvre plusieurs pistes de croissance externe :
- intégration verticale, en rachetant un fournisseur ou un sous-traitant pour sécuriser une chaîne de valeur bas-carbone ;
- acquisition de compétences, en ciblant des entreprises maîtrisant des technologies comme l'électrification, la récupération de chaleur ou la biomasse ;
- consolidation territoriale, en regroupant des acteurs d'un même bassin industriel pour mutualiser les investissements.
Dans tous les cas, la première étape reste la même : dresser une cartographie exhaustive et à jour des acteurs d'un marché. C'est exactement ce que permet la recherche multicritère de Prospection B2B. Vous identifiez les entreprises d'un secteur, comparez leurs données publiques et repérez celles qui correspondent à votre stratégie.
Une méthode en cinq étapes
Quel que soit votre profil, voici une démarche pragmatique pour intégrer la décarbonation dans votre stratégie de ciblage.
- Formuler la thèse. Quel secteur, quelle région, quelle taille, quel objectif : reprise, prise de participation, croissance externe ?
- Cartographier le marché. Utilisez les données publiques INSEE et INPI pour recenser toutes les entreprises du périmètre, et pas seulement celles qui sont déjà « sur le marché ».
- Qualifier les cibles. Examinez les informations légales et financières disponibles, la gouvernance et la stabilité de chaque entreprise.
- Préparer l'approche. Croisez ces éléments avec les enjeux de décarbonation propres au secteur pour bâtir un discours pertinent auprès du dirigeant.
- Suivre dans la durée. Le marché des entreprises évolue en permanence. Un suivi régulier des évolutions publiées permet de saisir les opportunités au bon moment.
Points de vigilance
La donnée publique est un formidable point de départ, mais elle a ses limites :
- Elle ne remplace pas l'audit. L'exposition réelle d'une entreprise aux enjeux carbone, son éligibilité à une aide ou l'état de son outil industriel se vérifient sur le terrain, avec des experts.
- Elle n'est pas toujours complète. Certaines sociétés choisissent la confidentialité de leurs comptes. L'absence d'information est en soi un élément à prendre en compte.
- Les dispositifs d'aide évoluent. Les appels à projets sont ouverts à échéances régulières et leurs cahiers des charges sont précis. Ils fixent les technologies éligibles, les critères économiques et la performance de décarbonation attendue. Une veille est indispensable.
C'est justement parce que le sujet est complexe qu'il faut structurer la phase amont. Plus le ciblage est rigoureux, plus le temps passé en analyse approfondie est investi sur les bons dossiers.
Conclusion : transformer une contrainte en avantage compétitif
L'analyse de la DGE le montre clairement : la décarbonation de l'industrie est un chantier de grande ampleur. Les besoins d'investissement se chiffrent en milliards d'euros par an et les objectifs sont fixés jusqu'en 2050. Pour les acteurs de la transmission et de l'investissement, ce chantier rebat les cartes de la valorisation, de la concurrence et de la consolidation sectorielle.
Ceux qui sauront identifier tôt les bonnes cibles prendront une longueur d'avance : entreprises avancées, entreprises à accompagner, acteurs à regrouper. Cette identification repose sur une exploitation méthodique des données publiques. C'est le métier de Prospection B2B.
Passez à l'action
Vous êtes repreneur, cédant, investisseur, expert-comptable ou conseil M&A ? Vous voulez cartographier un secteur industriel, analyser vos concurrents ou constituer une liste de cibles pour votre prochaine opération ? Inscrivez-vous gratuitement sur Prospection B2B et commencez dès aujourd'hui à structurer votre ciblage à partir des données publiques des entreprises françaises.